Interview d’un jeune de Droit à l’école, anciennement pris en charge par le Dispositif Lycéen

Le dispositif lycéen, qui soutenait les jeunes non accompagnés depuis 2015, a été récemment arrêté suite à la décision de la Drihl de retirer son financement, représentant environ 75 % des ressources du programme. Cette décision a mis fin à ce dispositif qui leur permettait de poursuivre leur parcours éducatif et leur intégration sociale.

Aujourd’hui, les alternatives proposées par l’Etat se résument à des transferts vers d’autres villes de France, ce qui entraîne une rupture avec leur scolarité et complique leurs démarches administratives. De plus, ces jeunes se retrouvent hébergés dans des SAS (Structures d’Accueil et de Séjour), des lieux d’hébergement temporaires, qui ne sont pas adaptés à l’accueil des mineurs. Ces structures proposent un cadre instable et de courte durée, avec un hébergement qui ne dépasse généralement pas trois semaines, ce qui vient intensifier leur situation déjà vulnérable.

Aujourd’hui, nous vous proposons un entretien avec l’un des jeunes ayant fait partie du dispositif.

 

 

 

  • Peux-tu te présenter ?

 

Je m’appelle X, j’ai 19 bientôt 20 ans. En ce moment je suis en première année de Bac Pro au lycée Marcel Deprez, en CAP électricité. Je suis suivi par l’association Aurore. Avant ça se passait très bien avec le Dispositif Lycéen, mais en ce moment il y a un problème, ils voulaient nous mettre dehors. Jusqu’à présent nous sommes encore là parce qu’il n’y a pas de solutions.

Avant j’étais à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), on m’avait pris à Évry mais après ils ont fait le recours en cours d’appel donc je suis revenue à Paris… Comme l’ASE m’a laissé, ça à été très dur de trouver un endroit où dormir.

 

 

  • Depuis combien de temps es-tu scolarisé ?

 

Moi ça fait maintenant 3 ans que je suis scolarisé mais ça fait 2 ans que je suis hébergé et suivi par Aurore. 

 

 

  • Qu’est-ce que ça a changé dans ta vie d’intégrer ce dispositif ?

 

L’hébergement stable ça nous a beaucoup aidé pour l’école. 

Ça a beaucoup changé dans ma vie, ça m’a aidé à me reconstruire et à faire beaucoup de choses. Déjà ça m’a consolé de quand j’étais dehors ou seul ou chez les gens, ça m’a un peu soulagé le dispositif lycéen, ça m’a fait oublier beaucoup de choses de quand j’étais dehors. C’était très dur dehors et donc pour ça c’était génial. Il y avait des problèmes dehors donc ça m’aidait pas à réfléchir à comment je vais prendre ma vie en charge et assurer mon avenir mais lorsque j’ai eu un logement je me suis focalisé sur mes études qui étaient très importantes pour moi. 

Au niveau scolaire, vu que j’avais la stabilité et un endroit où rentrer le soir et apprendre, je pouvais faire les devoirs et réviser dans la tranquillité.

 

 

  • Comment as-tu appris la fermeture du dispositif et quelles informations t’as-t-on données ?

 

C’est eux (Aurore) qui m’ont dit. Mais lorsqu’ils nous ont dit de venir on s’est tous posé des questions. On a entendu dire que le dispositif lycéen allait fermer et ça m’a bouleversé parce que je savais pas quoi faire par la suite. 

Mais le premier accord c’était de dire “ vous restez à l’école jusqu’au mois de juin” et dans ce cas on trouvera une solution, on va résoudre le problème cas par cas, donc on est resté comme ça. Mais un jour ils nous ont appelé et nous ont dit de venir dans l’asso du dispositif lycéen, ils nous ont appelé en réunion pour dire qu’ils ont changé d’avis et nous on doit choisir des villes, certains vont partir, d’autres vont rester. 

Et quand deux semaines après ils ont commencé à dire “ le 11 février, il faut partir”, les choses ont changé, je n’ai pas compris ce qu’il se passait.

 

 

  • Qu’as- tu ressenti lorsqu’on t’a expliqué ce qui allait se passer ?

 

Quand on à été appelé par Aurore la première fois, chacun s’attendait à quelque chose de bien. Quand on a été là-bas et que la nouvelle est tombée, ça nous a bouleversé. On n’a pas compris, qu’est ce qui ne va pas. Moi-même j’ai fait deux trois jours sans dormir très bien à cause de cette nouvelle. Ils (Aurore) nous ont beaucoup surpris par rapport à leur démarche. Au départ ils ont dit qu’on va partir au mois de juin puis ça a changé et d’un coup ils ont dit “ dans deux semaines”. La chose qui m’a fait mal c’est qu’ils ont dit que ceux qui sont à l’école en terminale, eux, ils vont rester mais ceux qui ne sont pas en terminale, ils vont partir.

 

 

  • Es-tu en contact avec les assistantes sociales du dispositif ?

 

Jusqu’à présent on est là-bas, bien qu’ils nous aient dit de partir et demandé de rendre les clefs mais jusqu’à présent ils ne sont pas venus les récupérer. On est là, on n’a pas d’appel avec l’assistante sociale, rien du tout du tout. On attend que quelque chose se passe, il y a que les associations qui nous aident à trouver des solutions, mais jusqu’à présent on n’a pas de solutions. La directrice m’a dit qu’il fallait que j’amène la clé un jour. Là j’ai encore la clé pour l’instant, mais je ne sais pas pour combien de temps.

 

 

  • Continue tu d’aller à l’école ?

 

Oui, je continue d’aller en classe.

 

 

  • Est ce que la fermeture du dispositif a affecté ta scolarité ? 

 

Je dirai un peu mais je reste concentré, parce que je peux pas tout laisser comme ça, comme c’est la seule solution qu’on a, c’est le seul moyen de s’en sortir. Mais mentalement c’est dur, de

se dire qu’un jour tu t’attends à devoir rendre la clé et que la police va peut-être passer… on s’attend à se réveiller d’un seul coup, on se dit “ il y a quelque chose ou quelqu’un qui va venir”. Aujourd’hui, rentrer à la maison ce n’est pas sans soucis.

 

 

  • Pourquoi as-tu choisi de rester à Paris ?

 

Mon choix de rester c’est parce que mon école est là et je fais ma première année en ce moment et j’ai le Bac pro, je veux faire ma terminale l’année prochaine. Je peux pas partir d’ici pour un autre département, on ne m’a rien proposé là-bas. On n’est même pas sûre que si on part on reprendra la même école, par rapport à ça on ne peut pas partir. Ils nous ont dit que si on partait, en deux-trois semaines ils allaient étudier les dossiers mais rien ne nous garantit que si on y va, on va trouver quelque chose de bien, un logement, une école. Donc j’ai appelé les autres villes pour savoir si on pourrait avoir une école mais non, c’était pas vrai.

Ce que je fais ici c’est énorme, donc tu te dis si tu pars, tu laisses tout. C’est notre avenir qui est en jeu, nous on n’est pas d’accord pour aller là-bas.

 

 

  • Qu’est ce qui t’a été proposé en province ? 

 

Ils nous ont rien dit. Juste ils ont cité les noms de ceux qui doivent partir. Il n’y avait même pas d’explications parce que c’est juste des propositions qu’ils nous ont données et ces propositions c’était pas du tout concret, si on allait, on savait pas ce qui allait nous attendre donc c’était très difficile, on comprenait rien.

 

 

  • Qu’aurais tu envie de dire à Aurore si tu devais leur faire passer un message concernant le Dispositif lycéen ? 

 

Ce que j’aurai envie de dire à Aurore c’est que ce dispositif lycéen c’est très important pour nous, ça nous a beaucoup aidé. Malgré les difficultés rencontrées dans nos vies, être dans ce dispositif ça nous a permis de nous stabiliser par rapport à cette situation. Si aujourd’hui ils me disent que le dispositif revient, je dirai que ça va beaucoup aider ceux qui sont là aujourd’hui, qui n’ont pas de possibilité de logement et que ça, ça aide beaucoup beaucoup de personnes. J’aimerai qu’ils comprennent ce que nous traversons et qu’ils continuent de nous aider.