Quand la solidarité ouvre sa porte

Sylvie fait partie de la communauté des hébergeurs solidaires qui ouvrent leur porte pour quelques jours ou quelques semaines à des personnes en quête de logement. Parmi eux, plusieurs jeunes de Droit à l’école ont ainsi trouvé refuge et un foyer accueillant pour vivre au mieux leur scolarité et leur intégration dans un cadre matériel et psychologique sécurisant.
 
Comment as-tu commencé à héberger des jeunes isolés ?
 
Une amie m’a dit qu’une association cherchait des hébergeurs. Mes trois enfants étant partis, j’avais donc de la place chez moi et je me suis dit que ce serait bien.
Savoir tous ces jeunes à la rue, ça ne me plaisait pas et ça me stressait beaucoup. J’ai été voir l’association Paris
d’Exil et j’ai choisi d’héberger ponctuellement, c’est-à-dire uniquement pendant les 6 jours de la semaine, une fois tous les 15 jours. Je ne voulais pas héberger à long terme pour des raisons personnelles. Avec mon mari, on a commencé à accueillir des jeunes qui alternaient entre 2 ou 3 hébergeurs, ce qui leur permettait d’avoir une relative stabilité car ils retrouvaient les mêmes lieux, les mêmes personnes. C’était plus facile pour eux.
 
Comment cela se passe-t-il pour toi d’héberger ? Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

 

Ce que je trouve vraiment sympa, c’est qu’on peut échanger avec les jeunes et discuter, leur faire découvrir la vie en France On essaye aussi de voir avec eux où ils en sont, comment ils se sentent, comment ils se débrouillent dans la vie, tout en les laissant très autonomes. Ça m’apporte beaucoup de satisfaction parce que je vois des jeunes très différents qui sont tous très attachants, tous très respectueux. Je suis toujours en contact avec certains d’entre eux, je me suis attachée.

 

Comment vivent-ils leur scolarisation et leur intégration ?

 

C’est scandaleux que ces mineurs ne soient pas du tout pris en charge. C’est un gros stress pour eux : être hébergé chez des personnes qu’ils ne connaissent pas, même si elles les accueillent chaleureusement, ça reste très difficile. Il y a la question de l’hébergement, primordiale, mais aussi celle de la scolarité, c’est très compliqué de scolariser les jeunes. Les associations comme Droit à l’École le font, et c’est énorme. Je n’ai pas du tout imposé du travail scolaire à la maison, mais ils ont besoin d’être accompagnés, soutenus, alors je l’ai fait aussi avec plaisir.
Je remarque chez ceux que je connais depuis longtemps un épuisement quand ils restent dans des situations précaires. Ils sont très déstabilisés avec l’angoisse du passage aux 18 ans et les Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) qui tombent, même s’ils sont scolarisés.